Amanda

David mène tranquillement sa vie jusqu’au jour où Sandrine, sa sœur aînée, meurt brutalement dans un attentat à Paris, Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda.

Réalisation de Mikhaël Hers

Avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Stacy MartinJonathan CohenOphélia Kolb

Durée : 1h47

Sortie en salles obscures : 21 novembre 2018

Après les attentats du 13 novembre 2015, des questions résonnaient dans toutes les têtes. Comment vivre maintenant ? Céderons-nous à la peur ? Au doute ? Pire encore, à la haine ? Ces tragédies ont changé quelque chose dans le pays. Définitivement. Profondément. Intimement. Sauvagement. Trois ans après, le traumatisme résonne encore dans les esprits. Pourtant, l’industrie cinématographique française a été plutôt discrète à ce sujet, là où les amerloques auraient déjà produit trois films avec trois grosses stars dans les rôles principaux. Dans nos souvenirs, il n’y a eu que Nocturama (2016) qui évoquait un attentat dans la capitale, mais Bertrand Bonello l’avait écrit bien avant les événements, en 2011. Parce que le vrai problème d’un tel sujet, c’est de représenter une douleur nationale. Comment ne pas être négligeant, pervers ou lâche ? Les responsabilités sont lourdes, surtout quand on sait que le travelling est une affaire de morale.

Amanda porte sur ses épaules d’être le premier film qui évoque directement ce passé douloureux. Seulement, ce n’est pas un film sur les attentats, c’est-à-dire sur les événements en eux-mêmes. En évitant à tout prix le voyeurisme et le spectaculaire, Mikhaël Hers filme le courage de ceux qui ont vu leurs vies bousculées à jamais, du jour au lendemain. Ceux qui vivent maintenant avec ce traumatisme. Ce traumatisme que l’on garde sur sa peau. Celui des bruits que l’on entend encore. Celui qui provoque des crises de larmes quand on se retrouve au dernier endroit où l’on a entendu la voix d’un proche disparu. Parce que la douleur est là et qu’elle le sera toujours. Il filme aussi le traumatisme d’une ville, d’un café, d’un quartier. Alors, les personnages avancent dans le brouillard et s’accrochent à une histoire d’amour, à une petite fille… On partage la douleur, même si on ne la comprend pas toujours.

Triomphe alors l’optimisme au détriment du cynisme, car voici la seule fatalité des êtres vivants : la vie continue et le ciel est bleu à l’horizon. Il fallait alors beaucoup d’humilité pour ne pas prendre trop de place. Il fallait être digne pour interpréter ceux qui étaient là, qui ont perdu leurs êtres aimés, qui buvaient un verre en terrasse ou qui étaient à ce concert. Il fallait être à la hauteur et Amanda l’est. Vincent Lacoste l’est, Stacy Martin l’est et Isaure Multrier l’est. Parce qu’il ne s’agit pas pour Mikhaël Hers de forcer les larmes, mais d’être là pour panser les plaies. Encore et encore. Pour toujours. Et même si ce n’est pas facile, Paris sera toujours Paris. (C’est Maurice Chevalier qui le dit, pas Zaz).

Écrite à Venise le 01/09/2018

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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