Au cœur du mensonge

Réalisation de Claude Chabrol

Avec Jacques Gamblin, Sandrine Bonnaire, Antoine de Caunes, Valeria Bruni-Tedeschi

Sortie en salles obscures : 13 janvier 1999

Durée : 1h57

Diffusion : 14 janvier 2018, C8, 21h00

 

À J-31 de la Saint-Valentin (et du classico), L’œil du Kraken vous propose un échauffement romantico-dramatique. Alors, quel meilleur entraînement que de vous évader, le temps d’un soir, pour une petite escapade Chabrolienne aux confins de notre territoire et au cœur de l’horreur ?

Réponse : il n’y en a pas.

À Saint-Malo, René Stern (Jacques Gamblin), professeur de dessin insatisfait et dépressif, se voit soupçonné du viol et du meurtre d’une de ses élèves, âgée de dix ans seulement. Pourtant déjà pas bien loti, l’homme doit faire face aux regards et aux racontars malveillants de ses congénères tout en assistant au numéro de charme qu’un journalisto-écrivain (Antoine De Caunes) fait à sa femme (Sandrine Bonnaire). Tandis que la nouvelle commissaire (Valeria Bruni-Tedeschi) mène l’enquête, suspicions et médisances embrument les réflexions et fait naviguer le couple sur la houle du mensonge…

Dans le registre du film malsain Claude Chabrol, c’est un peu comme Michael Jackson pour la pop, le king. Notre sacro-saint patron de la réalisation (adoré) n’a pas son pareil pour faire pénétrer au cœur des petits villages français, sclérosés par les rumeurs et les cancans. Chabrol sait comme personne étouffer son spectateur, coincé entre le zinc du café, l’étal du boucher et le comptoir du boulanger, englouti dans cette mer de blabla où parler dans le dos de son voisin n’est plus un art, mais une religion. Sachant faire des purs drames (comme un viol et meurtre d’enfant par exemple) une farce ironique, le réalisateur tisse sa toile sociale en partant de l’horreur qui frappe une communauté pour déboucher sur les petits riens qui font les grands malheurs des individus.

Dans Au Cœur du mensonge, c’est du cœur et du mensonge dont il s’agit, des liens avec l’extérieur, qui se recoupent, s’emmêlent avec ceux de l’intimité d’un couple. C’est avec virtuosité que Chabrol parle du mensonge total, des non-dits et des faux-semblants qui contaminent l’existence de toutes et tous. Avec un flegme et un calme, froid, les acteurs incarnent ses personnages étranges, distants qui sont finalement plus spectateurs qu’acteurs de leur propre existence. Le trio Gamblin, Bonnaire, De Caunes, se donnent la réplique avec brio, chacune des phrases s’apparente à un petit coup de poignard dans le flanc (Commode, traître, cette phrase est pour toi et ta félonie avant le combat final contre Maximus), chacun des regards un sous-entendu et l’ambiance en général une espèce de cauchemar éveillé où l’on se sent délicieusement prisonnier. Valeria Bruni-Tedeschi houspille tout ce petit monde avec volubilité, sourire aux lèvres, promenant son œil accusateur avec l’air et l’art, de ne pas y toucher.

Valentins et Valentines laissez vous tenter ! Il va y avoir du sport en ce 14 janvier.

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