Burning

Jongsu retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Ben révèle alors à Jongsu un étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

Réalisation de Lee Chang-Dong

Avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-Seo

Durée : 2h28

Sortie en salles obscures : 29 août 2018

Huit ans après le Prix du Scénario pour Poetry, le cinéaste et romancier Lee Chang-Dong revient en compétition officiel avec son mystérieux Burning, adapté de la nouvelle Les Granges brûlées d’Haruki Murakami. Nous ne savons pas si nous avons vu la Palme d’or, mais une chose est sûre, nous venons de voir l’un des plus grands films de cette décennie. Le film est comme Moins que Zéro de Bret Easton Ellis ou L’Étranger d‘Albert Camus, avec ces personnages qui peuvent disparaître sans même s’en apercevoir et où ils ne sont jamais tout à fait malheureux.

Lee Chang-Donc, comme dans les deux romans précédemment cités, se sert d’un prétexte, un vague thriller, pour faire avancer l’histoire. Son véritable sujet, c’est son idée de la Corée, soit une envie d’écrire une certaine histoire de son pays, comme les Américains savent si bien le faire et comme nous le faisons si peu. En point d’orgue, cette scène où Haemi danse nue « comme une putain » devant un coucher de soleil, écrasée par le drapeau du sud et les sons de la propagande du nord. Derrière elle, il y a ses deux garçons qui la regardent. L’un fume un joint et l’autre lui raconte qu’il aime brûler des serres. Par sa scène, l’histoire de son pays est liée avec une certaine idée de la lutte des classes décrit par le trio.

Il y a le personnage principal, Jongsu, incarné par Yoo Ah-In. Il est grand, mince, mal habillé, fume en crachant dans un verre en plastique, comme le fantasme d’un jeune Michel Houellebecq coréen. Écrivain en devenir, on le voit jamais écrire, mais on le voit vivre sa misère sexuelle dans une ferme sale qu’il déteste. Il fait la rencontre de cette femme, son ancienne voisine, Haemi, incarnée par Yoo Ah-In. Pleine d’étrangeté, comme avec ce chat qui n’existe pas vraiment, c’est elle qui disparaît, comme ça, sans qu’on s’en aperçoive. Elle se serait évaporée. Elle est belle et a eu recours à la chirurgie. L’autre, incarné par Steven Yeun, est une espèce de Gatsby le magnifique, trop beau, trop cool, trop intelligent, en somme, trop parfait. Il connaît les bons lieux, les boîtes de nuit branchées, les cafés cosy et les boui-boui où l’on sert la meilleure nourriture.

C’est d’une beauté à s’en crever le cœur et son synopsis détaillé suffirait presque pour en faire une critique, tant le film parle de lui-même. À la sortie de la salle, il y a quelque chose qui reste, qui vous hante, ce sentiment ne pas avoir percé le vrai mystère du film. Au fond, ce n’est pas très grave, car ce sera l’occasion de le revoir, encore et encore, bien plus que de raison. Voilà ce qui semble être l’expression la plus noble de ce qu’on appelle le cinéma et on en parlera encore dans le futur, pour comprendre ce qu’étaient les meilleurs films dans les années 10, au début de ce siècle qui a déjà vu beaucoup de chef-d’œuvre. Burning est, sans aucun doute, déjà très très haut dans la liste.

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

0 Comments

Leave a Comment