Ça

Réalisation de Andy Muschetti

Adaptation de Ça de Stephen King

Avec Bill Skasgarg, Jaeden Lieberher, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Wyatt Oleff, Chosen Jacob…

Durée : 2h15

Sortie en salles obscures : 20 septembre 2017

 

Alors que l’un des films les plus attendu de 2017 est sorti depuis une semaine sur nos écrans, L’œil du Kraken a vu et a voulu comprendre… Ça. Préférant l’investigation sur le terrain à l’analyse filmique, nos équipes ont pu se rendre à Derry, Maine afin d’interroger le principal intéressé : le clown.

Le « héros » de cette sombre histoire nous a donné rendez-vous chez lui, un modeste puits enseveli dans une vieille demeure vétuste au jardin mal entretenu.

Entre souvenirs douloureux, questions existentielles, rire et non-dits, celui qu’on appelle le « clown dansant » se livre et nous révèle son point de vue sur les faits.

Récit.

L’œil du Kraken : Bonjour. Tout d’abord merci de nous accueillir chez vous et d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Le Clown : Bonjour, merci à vous de vous être déplacé.

Pour commencer cette interview, accepter vous de dévoiler des détails tel que votre âge et votre identité ? Comment doit-on vous nommer ?

Le Clown. C’est comme ça que tout le monde a fini par m’appeler, c’est comme ça que je m’appelle aujourd’hui. Et sachez qu’il est très malpoli de demander son âge à un clown.

Si vous le voulez bien nous aimerions savoir pourquoi avoir choisi la ville de Derry pour commettre les méfaits dont on vous accuse ?

Je répondrai en vous disant d’abord que je ne suis pas là pour me disculper. Ce que j’ai fait, je l’ai fait et je l’assume. C’était il y a longtemps, j’ai changé depuis, j’ai été suivi, accompagné, je ne suis plus le même, mais je ne nie pas que j’ai vécu et fait des choses très sombres. (silence) Ouais franchement dégueulasses. Je dirai même que j’ai été un sacré fils de p… à une époque.

Pour Derry, c’est assez simple à comprendre, depuis 1974 avec la sortie de Carrie, Stephen King a révélé à la face du monde que le Maine était un p… d’état maudit, alors Derry où ailleurs dans le coin quelle différence ? Comme Stephen, qui est désormais un proche, je me sens bien dans ces bleds perdus où les gosses sont soit des ratés soit des enfoirés. Ce genre d’endroits où il y a toujours une légende urbaine qui traîne. Vous voyez le topo quoi ? Derry avait tout pour me plaire, vous le savez maintenant que vous connaissez l’histoire. Du coup, j’ai surfé sur la vague comme on dit.

« Surfé sur la vague » ?

Ouais, y avait ces histoires d’assassinats tous les vingt-sept ans, j’ai vu ça comme un signe.

Vous voulez parler du chiffre 27 ? Quelle est sa signification pour vous ?

27… (il regarde par la fenêtre sale) C’est pas qu’une affaire de club de stars crevées à vingt-sept ans, ça à une réelle signification pour nous les clowns, c’est notre date de péremption. Je sais ce que vous allez me répondre, qu’il y en a pleins les chapiteaux des vieux clowns, que c’est dans ma tête tout ça. Sauf que moi, je vous le dis, les clowns, c’est comme les footballeurs ou les actrices, si on pas percé avant vingt-cinq ans, si on a pas son réseau avant trente, c’est foutu. Du coup, vous comprenez que le délire autour des vingt-sept ans ça m’a (il allume une cigarette et tire une grosse bouffée)… stimulé.

Vous avez parlé des « gosses », ce qui nous permet de rebondir sur le sujet Ça. On a fait appel à vous en tant que consultant lors du tournage, que tirez-vous de cette expérience ? Dans quelle mesure avez-vous collaboré au projet ?

C’était une expérience… compliquée, je dirai. Ressasser tout Ça tout ce que j’ai essayé d’oublier. Le regard des autres (il tire encore sur sa cigarette)… Je savais qu’ils ne comprenaient pas, qu’ils me jugeaient, qu’ils me détestaient. Mais bon, qu’est-ce que vous voulez, moi, je ne peux pas les détester pour ça. Après « ma collaboration personnelle » c’était surtout de l’ordre du détail historique. Je veillais au grain histoire que les choses soient en place et puis j’ai laissé Andy aux faire son boulot (Andy Muschietti, réalisateur du film. ndlr).

C’est-à-dire ?

Bah, vous savez quoi, le délire des années 80 les gosses à bicyclette, mal fagotés qui a pas de limites dans la perception que ce soit réel ou pas. Je ne dis pas que ça n’existe pas, mon histoire en est la preuve, je dis simplement qu’à l’époque ce n’était pas aussi glamour que ce qu’on aimerait faire croire aujourd’hui. Ne pensez pas que je critique hein, parce que l’ambiance de ces années-là est bien restituée même si Andy a acidulé le truc. Et puis j’ai été ravi de voir des petits détails genre le bandana enroulé autour du poignet ou les choix musicaux de la bande originale. J’aime beaucoup la musique de ces années-là, le synthé, la rythmique. (Il sourit en bougeant la tête pour battre la mesure d’une musique fantôme.)

On nous a rapportés que votre aide a été précieuse pour les acteurs.

Précieuse, je ne sais pas, mais j’ai beaucoup aimé travailler avec eux. Faut dire qu’ils sont tous doués. Des stars en herbe. Si j’ai accepté de venir sur le tournage, c’est d’abord parce que le scénario m’a emballé et quand je vois le résultat aujourd’hui, je suis franchement content. Chacun a su comprendre et respecter l’univers de Stephen King et ça, ça m’a vachement touché, comme je vous l’ai dit c’est un proche. Y a eu un vrai truc, un équilibre entre le récit initiatique, les premiers émois adolescents et bien sûr, le surnaturel, l’horreur ! (rires). Et puis avouez qu’on se marre plutôt bien.

Votre expérience en tant que clown vous a-t-elle aidé à contribuer à l’aspect comique du film ?

Je pense que je ne vous apprends rien en vous révélant que je ne suis pas vraiment un clown comme les autres… On va dire que ma part d’ombre est plus visible que celle de mes collègues. Mais pour répondre à votre question, oui ça m’est arrivé de souffler quelques idées, le « va sucer ton père avec ta coupe mulet », c’est de moi (rires).

Après vous avoir interrogé sur la forme, nous aimerions pouvoir discuter avec vous du fond et vous poser des questions peut-être plus personnelles… Nous avons rencontré une psychologue qui pense que vous avez vécu un événement traumatique lors de votre adolescence, traumatisme qui expliquerait vos agissements meurtriers et le comportement pervers et cruel que vous avez adopté durant cette période.

(silence) Vous savez, moi aussi, j’en ai rencontré des psy qui m’ont servi toutes sortes de théories. Je vais vous dire quelque chose, je ne suis pas là pour faire une introspection, je pense que j’ai fait le boulot de ce côté. Je ne vais pas me défendre et je ne vais pas me justifier. (Il rallume une cigarette.) C’était une période très sombre de ma vie, j’étais frustré, j’avais raté ma carrière de clown, je voyais tous ces gosses pistonnés réussir parce que leurs parents connaissaient tel ou tel patron de cirque alors que moi, c’était ma vraie vocation. Je n’avais pas de contacts, mais mon métier, c’était tout pour moi. Et puis un jour, après un passage chez le dentiste qui m’a expliqué que ma dentition était foutue et que les problèmes de caries et de tartre sur mes « trop nombreuses incisives » étaient insoignables, j’ai compris que j’avais un autre don : celui de faire peur (sourire). Alors j’ai changé du jour au lendemain. J’ai jamais abandonné l’habit, évidemment, mais j’ai voulu me venger de la vie, de l’injustice.

Pourquoi s’attaquer à des enfants et des adolescents ?

Allez savoir, peut-être tout simplement pour les protéger. Les empêcher de découvrir à quel point l’existence devient merdique. Ou peut-être au contraire pour leur faire comprendre.

En interrompant ces vies, est-ce que vous n’avez pas eu la sensation de faire passer ces enfants un peu trop brutalement à l’âge adulte ?

Comme je vous l’ai dit, j’étais au fond du trou à cette époque. Bien sûr que « j’infligeais » une prise de conscience brutale. Bien sûr que j’étais « l’ange qui mettait a mort l’innocence », c’est un de mes potes qui disait ça à propos de moi. Bon après les petits n’ont pas eu besoin de m’attendre pour se rouler des galoches et se familiariser avec leurs corps. Moi quand je les ai connus, d’accord, ils en étaient au stade « éveil » mais bon… Le petit Richie avait l’air d’être déjà vachement bien avancé niveau théorique.

Certes… Vous ne souhaitez vraiment pas vous exprimer sur ces événements ? Nous expliquer pourquoi ?

Non. Je voulais simplement que les choses flottent. J’aime quand ça flotte (sourire)… Vous le savez n’est-ce pas ?

Oui bien sûr… Hum, pour conclure, considérez-vous que votre histoire revue par Andy Muschietti au jour d’aujourd’hui « flotte » ?

(rires) Oh oui… Ça me rappelle pleins de choses, ça flotte grave… (sourire)

Constatant l’état d’agitation extrême du « clown dansant » suite à cette interview nos équipes ont préféré quitter les lieux (un peu précipitamment), laissant là cet « homme », ce « ça », qui a su traumatiser des générations entières.

Et qui n’a pas l’air d’en avoir terminé avec nous.

 

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