First Man

Originaire de l’Ohio, Neil Armstrong intègre la NASA en 1962. Après plusieurs missions, il participe à Apollo 11 et devient, le 20 juillet 1969, le premier homme à poser le pied sur la Lune.

Réalisation de Damien Chazelle

Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Corey Stoll, Kyle Chandler, Jason Clarke, Shea Whigham

Durée : 2h18

Sortie en salles obscures : 17 octobre 2018

Critique de Samuel Berrebi :

Après le succès de La La Land, nous attendions Damien Chazelle autre part, loin de sa zone de confort. Après tout, il ne suffit pas de dire qu’il est le futur du cinéma américain pour qu’il le devienne. Il fallait des preuves sur la durée, il fallait qu’il explore d’autres univers, d’autres mondes et, sans mauvais jeu de mots, d’autres planètes. Il fallait un film hors de lui. First Man, qui ouvre la 75e édition de la Mostra de Venise, semble l’occasion parfaite pour s’assurer, ou non, de son talent.

Dès le début du film, ses intentions sont claires. L’espace n’intéresse pas Damien Chazelle comme elle intéresse Christopher Nolan ou Alfonso Cuarón – dans la forme plus que dans le fond. Il ne s’intéresse qu’à Neil Armstrong et ne sort que très rarement du cockpit. On voit la terre et on voit la lune à travers ses yeux, presque comme dans un jeu vidéo. Voici l’humain face au vide, face à ses responsabilités, face à ses choix et surtout face à la mort. La sienne et celles des autres. Puis les peurs. Les peurs d’une personne qui donnera 10 ans de sa vie à une conquête spaciale qui, dans le contexte social de l’époque, ne rime à rien. Marcher sur la lune pendant que les jeunes Américains vivent l’enfer au Vietnam. Marcher sur la lune non pas pour la science, mais pour battre les Russes.

Suivre cette aventure uniquement du point de vue de Nieil Amstrong permet de comprendre le sens de cette phrase : « That’s one small step for man, one giant leap for mankind. » (« C’est un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité. ») Que reste-t-il à construire pour l’homme qui a marché sur la lune ? Il reste sa propre condition. Il reste l’essentiel. Il faudrait presque voir du côté de Terrence Malick qui arrêtait une bataille pour le vol d’un papillon dans La Ligne Rouge. Lui arrête une révolution majeure de l’histoire de l’humanité pour un moment d’amusement avec les enfants. Dans un film dense, qui se permet très peu d’ellipse, une telle pause exprime une volonté claire de garder les pieds sur terre.

La réussite majeure pour Damien Chazelle est qu’il ne tombe pas dans les nombreux pièges du biopic ou dans un fétichisme trop évident. Il ne va jamais dans la référence appuyée, alors que le genre cinématographique et l’époque le permet largement, ne sacralise pas la musique, souvent discrète, ne divague jamais dans l’anecdotique et ne tombe pas dans le pathos vulgaire. Il déroule son fil du début à la fin, sans se perdre en chemin. Il ne s’agit pas de savoir si c’est un film important, ou un film qui fera date, il s’agit surtout de voir un réalisateur qui trace sa route et qui creuse son sillon. De voir un réalisateur qui jouit d’une véritable liberté artistique. De voir un réalisateur heureux de faire les films qu’il aime. Alors qu’on apprécie ou non son cinéma importe peu. Dans un tel contexte, l’important, c’est que ça existe encore. L’important, c’est que la lutte continue. Pour le meilleur et pour le pire.

Critique de Vincent Courtade :

Qu’il est agréable de voir un réalisateur comme Damien Chazelle, acclamé à juste titre depuis Whiplash (son deuxième film après le tout petit Guy And Madeline on a Park Bench) et porté aux nues pour La La Land, ne pas faire une seule faute de carrière. Avec aisance, le jeune réalisateur de 33 ans se glisse entre les genres musicaux et les transforme en thriller, comédies musicales feel-good et drama. Mais First Man est un nouveau défi : en plongeant dans le biopic de l’un des plus grands événements du XXe siècle, il risquait de se perdre dans des raccourcis épuisés et livrer un film réussi mais vite oubliable. C’est en réalité une œuvre majeure dans une filmographie déjà très impressionnante.

Il est clair dès son titre « Le Premier Homme » que Damien Chazelle se focalise ici sur l’humain de Neil Armstrong : l’espace n’est que prétexte à illustrer mais surtout à exacerber ses sentiments, ses craintes, sa rage bouillonnante mais terriblement enfouie en lui. Là où Christopher Nolan et Alfonso Cuaron s’en servent comme un moyen de véhiculer du grand spectacle palpitant et techniquement parfait, Damien Chazelle va d’abord chercher chez son spectateur une angoisse du confinement – presque claustrophobe dans un premier aller-retour au sound-design terrifiant -, avant de mettre le doigt sur une peur plus grande encore : celle du vide.

Le vide de l’espace évidemment mais à travers celui-ci, le vide d’un être aimé qui éloigne un homme et sa femme à même distance que la Terre l’est de la Lune. À la base de la mission la plus périlleuse, impossible et politique qu’est la conquête spaciale se trouvait un sol instable, un cratère abyssal qu’Armstrong cherchait à combler au risque de dangereusement rendre ce vide plus grand qu’il ne l’est déjà pour ceux qui l’entourent.

Damien Chazelle, à travers un épatant duo Ryan Gosling/Claire Foy, fait de First Man un film passionnant et maîtrisé, souvent spectaculaire tout en évitant l’éculé. Son quatrième long-métrage est une aventure intérieure étourdissante, au sens distillé avec parcimonie avant de se révéler totalement bouleversant. Une brillante et marquante réussite.

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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