Le livre d’image

Selon le réalisateur, il s’agit d’un film en six parties dont les cinq premières constituent « une très longue introduction […] comme si avant de voir la main, on voit séparément les cinq doigts », la sixième étant « une espèce de fable » sur une fausse révolution conçue par un chef d’un émirat fictif privé de ressources pétrolières

Réalisation de Jean-Luc Godard

Durée : 1h34

Sorties en salles obscures : Prochainement

 

Depuis Sauve qui peut (la vie), première sélection du cinéaste suisse en 1980, un nouveau film de Jean-Luc Godard en compétition officielle est toujours un événement attendu comme la finale d’une Coupe du Monde. Preuve en est, cette conférence de presse surréaliste en FaceTime, où une rangée de journalistes faisaient la queue comme pour chercher l’hostie du pape pendant la Messe. Il fallait le voir pour le croire, mais voilà la leçon d’un vieux briscard de 87 ans qui parvient si bien à ménager ses effets, qu’il retourne le festival depuis son canapé. N’empêche que si le dispositif était à mourir de rire, avec ce pauvre Fabrice Aragno qui tenait le téléphone à bout de bras, ce qu’il a dit restera parmi les choses les plus intelligentes et poétiques de l’histoire du Festival de Cannes.

La comparaison avec la Coupe du Monde est peut-être ridicule, mais force de constater que ça y ressemble. Trois camps, ceux qui détestent Jean-Luc Godard, ceux qui l’adorent et ceux qui essayent juste de comprendre ce qu’il se passe. Après le match, ça s’insulte, ça se tire la bourre et ça en viendrait presque aux mains. N’empêche qu’une chose est claire, le cinéaste suisse a complètement abandonné le cinéma traditionnel si bien qu’en plus des expérimentations visuelles et narratives sur lesquelles il travaille depuis Histoire(s) du cinéma (1998), il semble s’être définitivement débarrassé de ce qu’il a toujours détesté, les acteurs.

Alors ! qu’en est-il finalement de ce nouveau film Le Livre d’Image ? Déjà, soyons honnête, nous ne sommes pas vraiment sûrs d’avoir compris quelque chose. Dans un sens, ça paraît normal. Le film ne sert pas à être compris, mais à être vu et surtout entendu. Jean-Luc Godard salit l’image, la déforme, change les couleurs, les sature, les fait disparaître, décale le son, le maltraite, comme s’il voulait toujours nous tenir éveiller pour être sûr que nous avons les yeux et les oreilles grands ouverts. Pour le reste, nous ne savons pas de quoi ça parle vraiment, sinon d’une certaine idée d’un cinéma et d’un monde moderne. (Paraît même qu’il y a des images d’un film de Michael Bay, mais nous ne les avons pas vu, parce que nous n’avions pas vu le film en question. Lui ne sait pas qui est Michael Bay.)

Reste marquante cette fin, où le cinéaste mime sa propre mort, avec ce narrateur (lui) qui termine ses dernières phrases dans un râle de souffrance, hurlant ses derniers mots d’une voix cassante. Entourloupe de plus, car Jean-Luc Godard fait du « sur-Godard », comme dans cette vidéo envoyé à Cannes en 2014, parce qu’humour il y a et humour il y aura toujours. Rendons-nous simplement compte de la chance que nous avons de voir le nouveau film d’un vieux briscard qui a révolutionné le cinéma en 1959 et qui continue, 60 ans après, de vouloir tout changer. Non plus dans le cinéma, mais dans son propre monde. Car voilà ce qu’est peut-être Le Livre d’Image : un long couloir avec pleins de portes. L’important n’est pas de trouver la bonne, mais de toutes les ouvrir.

Te souviens-tu encore comment nous entraînions autrefois notre pensée ?
Le plus souvent nous partions d’un rêve…

Nous nous demandions comment dans l’obscurité totale
Peuvent surgir en nous des couleurs d’une telle intensité

D’une voix douce et faible
Disant de grandes choses
D’importantes, étonnantes, de profondes et justes choses

Image et parole

On dirait un mauvais rêve écrit dans une nuit d’orage

Sous les yeux de l’Occident
Les paradis perdus

La guerre est là… 

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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