Matthias et Maxime

Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences.

Réalisation de Xavier Dolan

Avec Gabriel D’Almeida Freitas, Xavier Dolan, Pier-Luc Funk, Micheline Bernard, Antoine PilonAnne Dorval

Durée : 1h59

Sortie en salles obscures : Prochainement

Que nous sommes chanceux de voir un cinéaste grandir dans son œuvre, mais aussi dans sa vie. Dans notre article « Le prix de la tranquillité pour Xavier Dolan », nous analysions le raté qu’était Ma vie avec John F. Donovan, alors le dernier film du réalisateur. Il s’agissait, pour nous, d’« une étape bénéfique pour (sa) carrière », c’est-à-dire qu’un mauvais film, ou un accident industriel, était souvent le point de départ d’un renouveau dans une carrière. Il n’a pas fallu longtemps pour poursuivre cette réflexion, puisqu’il présente deux mois plus tard son nouveau film en compétition : Matthias et Maxime.

Après deux films difficilement reçus par la presse, Xavier Dolan est acclamé. L’est-il pour lui ou pour le film ? Peu importe, la nouvelle est rassurante. Pourtant, Matthias et Maxime n’est pas une claire réussite, mais il prouve que le cinéaste est déjà en route pour être ailleurs. Ça n’apparaît pas comme l’œuvre du changement, mais de la transition. Pas tant celle d’un vieux cinéaste, mais celle d’un nouveau trentenaire. Il s’essaye même à un nouveau genre, la comédie dramatique, encore plus, au « film de potes ».

En adoptant un naturalisme où la caméra s’efface derrière ses personnages, il abandonne (presque) ses gimmicks qui devenaient parodiques dans son précédent film. Aujourd’hui, le cinéaste semble enfin prendre son temps, en se permettant des films peut-être moins ambitieux dans la forme, mais plus proche de lui et de ce qu’il aime. Ce fut peut-être notre erreur de penser que tout allait radicalement changer, comme s’il en avait absolument besoin. Au contraire, Xavier Dolan reste ce qu’il est et c’est tant mieux. L’important, surtout, c’est qu’il soit libéré de cette pression médiatique et critique qu’il semblait subir depuis Mommy. D’ailleurs, il continue ses recherches stylistiques, restant l’un des derniers cinéastes à réfléchir au format et à la pellicule, avec cette scène où il passe d’un 35mm à un 65mm plus lumineux et précis pour une scène clé du film.

Sans retrouver l’éclat de ses premiers films, loin derrière l’ivresse de son succès, Matthias et Maxime apparaît – et c’est un peu cliché – non pas comme l’œuvre de la maturité, mais comme l’œuvre de la maturation. Il s’éloigne d’un cinéma, en cherche un autre, en essaye encore un autre, en bref, il tâtonne. Dommage, cependant, qu’au-delà de cette réflexion, le film ne nous emmène pas dans son émotion et que Xavier Dolan semble se retenir dans son jeu, comme s’il était encore traumatisé des critiques de Tom à la ferme. Le film ne fonctionne jamais totalement, paraît presque anecdotique dans une compétition aussi relevée, mais peu importe, la carrière d’un réalisateur se construit aussi par ces films où l’on se cherche et où l’on finit forcément par se trouver, un peu comme Matthias et Maxime.

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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