Mektoub, my love : Intermezzo

C’est la fin de l’été et Amin vit une histoire d’amour sereine avec Charlotte. Ophélie, quant à elle, est confrontée aux conséquences de ses multiples relations amoureuses.

Réalisation de Abdellatif Kechiche

Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Alexia Chardard, Lou Luttiau, Hafsia Herzi

Durée : 3h28

Sortie en salles obscures : Prochainement

Le film, qui reprend quelques années après le premier opus, s’ouvre sur un verset du coran : « Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. ». Pour ceux qui, comme nous, ont adoré Mektoub, my love : Canto Uno, il n’y a qu’une hâte, retrouver les personnages, le soleil et les odeurs de Sète. Malheureusement, ce ne sera jamais vraiment le cas. Le film porte bien son nom, il s’agit d’un intermède, d’un entracte qui forme un pont entre le premier et le troisième épisode. Étonnant, alors, de voir un film comme celui-là en compétition. Les festivaliers l’attendaient et, à quelques jours de la fin, voici le scandale de ce 72ème Festival de Cannes.

En sortant de la salle, une question se pose. La citation au début du film est-elle un présage ou un avertissement ? En conférence de presse, Abdellatif Kechiche affirme avoir voulu faire de ce film une expérience cubique, mais qu’est-ce que ça veut vraiment dire au fond ? Le réalisateur nous enferme pendant 2h40 dans une boîte de nuit où s’enchaînent dialogues surréalistes, scènes de danses épuisantes, dragues incessantes et regards perdus. Qu’a-t-il vraiment voulu faire avec ce film ? On se rassure, il y aura bien un Mektoub, my love : Canto Due et dans une forme bien plus traditionnelle. Il a fallu prendre quelques jours pour se poser toutes ces questions et tenter de comprendre ce geste sans tomber dans un sensationnalisme pervers. Après le premier film, donnons-lui au moins le bénéfice du doute, mais force de constater que Mektoub, my love : Intermezzo est raté.

Personne ne s’attendait à voir ça. Dès la montée des marches, d’ailleurs, on sentait la confusion, surtout quand les acteurs affirmaient n’avoir rien vu. La tension monte ensuite sur la Croisette, quand on apprend qu’Ophélie Bau n’est pas entrée dans la salle et que le réalisateur s’est enfuie en s’excusant, gêné d’avoir retenu aussi longtemps les spectateurs. Personne ne sait vraiment comment accueillir ce film, tant il semble venir de nulle part. En étirant ainsi les caractères et les personnalités des personnages, on finit presque par les détester, au point que ça paraît presque contre-productif dans l’exercice d’une saga comme celle-ci. Surtout que ce film n’apporte rien au précédent, tant dans l’expérience que dans la narration.

Reste alors la maîtrise stylistique du rythme, si bien que ce n’est pas une torture de voir le long-métrage dans sa totalité, au contraire même, puisqu’il réussit à nous mettre dans le même état que les personnages et l’on a qu’une envie, dormir comme après une grosse fête. Parce qu’une expérience cinématographique reste une expérience même quand elle est déplaisante pour le spectateur, mais il ne faut pas non plus que cette expression soit un cache-misère. Vouloir faire d’un film « une expérience sensorielle » n’a jamais suffit pour le rendre meilleur, bien au contraire. Après quelques jours, il a fallu se résoudre à oublier ce film, pour continuer d’apprécier ce projet. N’empêche qu’il reste cette sensation de trahison, avec cette impression de gâchis. Est-ce pourtant le rôle d’un réalisateur d’aller dans notre sens ? N’a-t-il pas le droit de faire ce qu’il veut avec son œuvre ? Difficile de se forger un avis constructif, tant Mektoub, my love : Intermezzo paraît paradoxal.

Peut-être que le point positif du film sera de redorer le blason du premier, attaqué pour ses scènes vulgaires de sexe et de boîte de nuit, alors qu’il y avait surtout ces nouveaux visages, ces nouvelles voix et ces nouveaux décors. Il suffit de cette pensée pour chasser la tristesse qui nous envahissait après la projection du film. La tristesse d’avoir à peine effleuré que la profondeur du premier et la tristesse de voir ce qu’on pourrait penser être un suicide artistique, avec cette peur qu’il n’existera jamais un Mektoub, my love : Canto Due. Tristesse aussi pour les acteurs, qui semblaient aussi perdus que nous. Tristesse, enfin, pour ceux qui découvrent cet univers avec ce film et qui n’y verront, presque à jamais, que ça. Continuons, malgré ce faux pas, de croire en ces personnages, en cette histoire et en ce projet. Parce que, répétons-le, la beauté et l’innocence du premier faisaient parties des plus belles choses que nous avions vus l’an dernier.

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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