[Berlinale 2019 – Competition]

Piranhas (La Paranza Dei Bambini)

Nicola et ses amis ont entre dix et quinze ans. Ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, seulement de mener une vie ordinaire comme leurs parents. Leurs modèles : les parrains de la Camorra. Leurs valeurs : l’argent et le pouvoir. Leurs règles : fréquenter les bonnes personnes, trafiquer dans les bons endroits, et occuper la place laissée vacante par les anciens mafieux pour conquérir les quartiers de Naples, quel qu’en soit le prix.

Réalisation de Claudio Giovannesi

Avec  Francesco Di Napoli, Ar Tem, Viviana Aprea

Durée : 1h52

Sortie en salles obscures : 5 juin 2019

Depuis sa publication en 2006, le livre-enquête Gomorra fascine et fit l’objet de deux adaptations réussies : l’une par Matteo Garrone en 2008 (Prix du Jury au Festival de Cannes), l’autre d’une série depuis 2015, showrunnée par l’auteur lui-même, Roberto Saviano. Ce dernier publia en 2018 sa première fiction basée sur une triste réalité : les baby-gangs napolitains, ces jeunes entre 10 et 18 ans tellement fascinés par la vie de mafieux qu’ils en deviennent de véritables. L’occasion d’un nouveau portage au cinéma avec Claudio Giovannesi à la réalisation (Fiore, passé par la Quinzaine en 2016), qui décrochera donc avec Piranhas, un Ours d’Argent bien mérité à la Berlinale 2019.

Piranhas, c’est la lente descente aux enfers d’un groupe de jeunes napolitains entre 10 et 15 ans en manque de repères, décidant de se raccrocher au monde mafieux. Loin d’être un récit moralisateur, Piranhas aborde avec grande justesse la perte de l’innocence si caractéristique de l’adolescence, à travers le quotidien de ces enfants se raccrochant désespérément aux réseaux sociaux et aux apparences, jusqu’à la prédation. On s’attache malgré nous à ces enfants qui naviguent entre amitiés et intrigues amoureuses, essayant désespérément d’appliquer des codes d’adultes trop tôt : les filles cherchent à tout prix à être des femmes, les garçons des hommes. Furtivement, ils redeviennent parfois des enfants, avec une sensibilité touchante. Mais l’argent et la renommée deviennent des jeux enivrants dans lesquels la violence s’engouffre inévitablement, avec des armes et guerres de territoires. Piranhas, c’est aussi un constat glaçant de l’échec d’une ville à remplacer la présence de parrains vieillissants par la paix et la prospérité : aveuglées par les injustices sociales dont ont été victimes leurs parents, de jeunes générations ont faim de réussite, coûte que coûte. Jusqu’à répéter les mêmes erreurs.

Claudio Giovannesi questionne très justement les influences mafieuses véhiculées par les journaux télévisés et la pop-culture (à laquelle appartient malgré lui Gomorra), pour les donner en intraveineuse à ses jeunes protagonistes emplis de colère. Si le sujet est plus fort que son récit légèrement balisé (le final s’étire), Giovannesi apporte un soin tout particulier à son image et à son rythme, dans une fuite en avant grisante. Piranhas, porté par un casting de non-professionnels touchants, reste une chronique de la prédation fascinante, immersive, mais surtout humaine.

Cinéphile infiltré dans l'industrie du ciné. In David Fincher we trust.

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