Sunset

En revenant à Budapest pour travailler dans l’ancienne magasin de chapeaux de ses parents, Írisz Leiter apprend qu’elle a un frère dont elle ne sait rien. Cette quête sur ses origines familiales va l’entraîner dans les méandres d’un monde au bord du chaos.

Réalisation de László Nemes

Avec Juli Jakab, Vlad Ivanov, Evelin Dobos, Marcin Czarnik

Durée : 2h21

Sortie en salles obscures : 20 mars 2019

Après un Grand Prix à Cannes et un Oscar du meilleur film étranger pour Le Fils de Saul, les pressions qui pesaient sur les épaules de László Nemes semblaient énormes. Elles étaient telles que son seul nom au générique du début fût applaudi à Venise à la projection presse de son nouveau film. Ce n’est que son deuxième et aucun autre cinéaste n’a eu droit à un tel traitement de faveur. Les craintes étaient que son deuxième film ne soit pas aussi bon que le tour de force du premier et la question était de savoir si nous avions vu, trois ans auparavant, la naissance d’un nouveau cinéaste important ou simplement un grand film.

Avec SunsetLászló Nemes radicalise son idée de la narration et on sait maintenant que ce n’était pas le sujet qui avait choisi le cinéaste, mais bien le cinéaste qui avait choisi le sujet. Si, comme dans son précédent film, sa caméra ne décolle que rarement des épaules de l’héroïne, il y a cette sensation de respirer un peu mieux, surtout au début. Seulement, ce n’est qu’un piège. En nous offrant une large visibilité de l’espace et de l’histoire dans les premières minutes, le cinéaste hongrois s’amuse avec nous le reste du temps et nous lâche dans un complexe labyrinthe, plus pervers que le précédent.

Très vite, il nous perd, nous confond, comme s’il ne contrôlait plus le chaos qu’il filme et on ne sait plus qui est qui, qui est quoi et qui est où. Alors, juste au moment où nous pourrions en avoir marre de n’être que le pantin d’un grand jeu d’échec, il nous rattrape, nous calme et nous libère. Il se permet même de rompre avec la linéarité de son premier film, en explosant son cadre et en multipliant les personnages et les décors. Quand nous sommes à nouveau dans les rails de son histoire, il libère une nouvelle fois sa rage et nous revoilà dans des montagnes russes, face au grain poussiéreux de sa pellicule. (Notons ici la chance que nous avons eu de voir le film dans ce format, dans les meilleures conditions techniques.)

Puis, il y a surtout la découverte du visage de Juli Jakab, qui a la lourde charge d’hypnotiser le spectateur, comme une assistante avec son magicien. Elle porte sur ses épaules la réussite du film, tant elle nous accroche à l’écran par ses traits et sa présence. Du reste, ce n’est pas une partition facile et elle mériterait largement le Prix d’Interprétation féminine pour ce rôle. Enfin, nous en sommes maintenant sûr, nous avons en face de nous un nouveau grand cinéaste contemporain.

Écrit à Venise le 03/09/18

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

0 Comments

Leave a Comment