Suspiria (2018)

Une prestigieuse compagnie de danse cache de terribles secrets qui consument tous ceux qui la fréquentent. Alors que certains sombrent dans le cauchemar, d’autres se réveillent enfin.

Réalisation de Luca Guadagnino

Avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Chloë Grace Moretz, Mia Goth, Jessica Harper

Durée : 2h32

Sortie en salles obscures : 14 novembre 2018

 

Symbole du Giallo (genre italien sanglant, stylisé et musicalement appuyé), Suspiria de Dario Argento sort en 1977 et devient un grand classique du cinéma horrifique. Quarante ans plus tard Luca Guadagigno profite de sa soudaine notoriété suite à A Bigger Splash et au hit Call Me By Your Name pour s’atteler à un remake pour Amazon Studios avec Tilda Swinton et Dakota Johnson qu’il retrouve à nouveau, tout en confiant la bande-originale au leader du groupe Radiohead, Thom Yorke. Le cinéaste italien présente donc cette année sa propre version de Suspiria en compétition à la 75e édition de la Mostra de Venise. Soulevant à l’occasion une éternelle question : doit-on tout remaker ?

Suspiria 2018 est une étonnante réussite tenant beaucoup de l’expérience unique et sensorielle. Il ajoute en effet au film de Dario Argento, finalement assez binaire et expéditif, ce qu’il lui manquait : un contexte fort (Berlin en pleine séparation par le Mur), de nouveaux sujets (le deuil, l’art et la maternité), des personnages développés (l’enquête centrale du personnage incarné par Lutz Ebersdorf) et un univers poussé jusque dans ses plus purs retranchements avec une meilleure narration. Luca Guadagnino crée grâce à l’incroyable musique de Thom Yorke une ambiance profondément désespérante et austère mais toujours sur le fil du sublime et mélancolique. Un jeu d’opposition cohérent avec le film qui alterne l’angoisse pure avec une magnificience artistique, terrorisant à travers le corps et son art le plus démonstratif : la danse, ici esthétisé à son paroxysme.

Guadagnino réussit finalement à porter son remake vers une autre dimension et à le faire exister comme une relecture dense, riche et… justifiée. Suspiria crée une fascination inexpliquable, un sentiment étrange qu’il laisse dans la gorge les heures suivant sa projection. Son réalisateur réussit en effet le tour de force d’accrocher l’attention de son spectateur sur 2h30 et de suspendre suffisamment sa crédulité afin de se concentrer plus efficacement sur l’émotion viscérale qu’il provoque via sa mise en scène et ses choix esthétiques. Tout en essorant son prestigieux casting comme des pantins malléables : Tilda Swinton et Dakota Johnson rayonnent de leur présence et Mia Goth continue de prouver son énorme talent.
Comme Mother! de Darren Aronofsky un an plus tôt, Suspiria s’abandonne dans la radicalité la plus totale en exprimant une brutale et violente rage maternelle. Faisant également preuve, à travers le statut bâtard du remake, d’une générosité en cinéma sans faille.

 

Cinéphile infiltré dans l'industrie du ciné. In David Fincher we trust.

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