The Disaster Artist

Tommy Wiseau, acteur qui ignore tout de l’industrie du cinéma, se lance dans la réalisation de The Room avec Greg Sestero, un jeune acteur qu’il rencontre dans un cours de théâtre. Son film deviendra rapidement le plus grand nanar de tous les temps.

Réalisation de James Franco

Avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Alison Brie

Durée : 1h44

Sortie en salles obscures : 7 mars 2018

Au début du film, Greg Sestero et Tommy Wiseau répètent ensemble une scène de théâtre en partageant le copieux repas d’un restaurant de Los Angeles. Quand l’homme au regard de biche demande à son partenaire de dire ses répliques plus fort, celui-ci lui rétorque qu’il y a du monde autour. « Et alors ? On s’en fout de ces personnes. » répond la contrefaçon polonaise de James Dean. Alors, Greg Sestero se lâche et hurle pratiquement ses répliques, se levant même à la fin de la scène. Tommy Wiseau, fier de son poulain, applaudit. Les jeunes acteurs connaissent bien cet exercice ô combien difficile. Dans les rues, dans les transports en commun, dans les restaurants ou même dans les gares, il faut réussir à capter l’attention de cette foule d’inconnus qui n’en a que faire de votre poésie.

The Disaster Artist raconte l’histoire de Tommy Wiseau, l’auteur-réalisateur-producteur-interprète de The Room, cultissime nanar du début des années 2000. Un nanar est, selon nanarland.com, employé par certains cinéphiles pour désigner des films particulièrement mauvais qu’on se pique de regarder ou d’aller voir pour les railler et/ou en tirer au second degré un plaisir plus ou moins coupable. Curieuse pratique du cinéphile moderne que cette culture du nanar, où voir des mauvais films devient un nouveau moyen de partager ses connaissances cinématographiques et de passer des bons moments entre amis, avec de la pizza et des bières. Forcément, quand on s’intéresse -même de très loin – à ces films-là, The Room devient l’évidente porte d’entrée dans ce monde où chacun est libre d’entrer ou de sortir.

Qui est Tommy Wiseau ? Le personnage d’une drôle de fiction ou le fruit d’une cruelle réalité ? Un très mauvais réalisacteur (savant mélange entre réalisateur et acteur) ou un petit garçon qui capte l’attention d’autrui par son étrangeté ? Un businessman cynique qui surfe sur le succès planétaire d’un échec artistique ou un honnête marginal qui aime que les spectateurs passent un bon moment devant son film, même s’ils se moquent un peu de lui au passage ? Est-ce vraiment si important de savoir qui est Tommy Wiseau ?

Dans le film, Tommy Wiseau se fantasme en self-made-man américain, en une sorte d’Orson Welles qui réaliserait son propre Citizen Kane contre vents et marées, même si personne ne croit en lui et en sa vision. James Franco s’efforce alors de rendre le personnage sympathique, nous rappelant sans cesse que la ligne est fine entre le rêve et le cauchemar – surtout dans l’industrie cinématographique américaine. Il rend ainsi hommage aux marginaux de cette profession, aux non-élus qui ne tournent jamais, si ce n’est dans des sitcoms fauchés où ils sont réduits en produits interchangeables. « Nous sommes des acteurs, Greg. Pour toi, pour toi, pour tout le monde ici, même la pire journée sur un plateau de tournage est plus agréable qu’une très bonne journée ailleurs. » raconte l’interprète de Claudette après un malaise suite aux mauvaises conditions de tournage. Même si Tommy Wiseau est insupportable, irresponsable, idiot, irrespectueux, il est touchant parce qu’il croit en lui et en ses rêves plus que n’importe qui.

Seulement, The Disaster Artist ne dépasse jamais son statut pesant d’être le making-of du pire film de tous les temps, même si ça se rêve en un Ed Wood moderne. Le livre éponyme écrit par Greg Sestero se suffit à lui-même car il n’existe que parce que l’auteur a réellement vécu au cœur la production de ce nanar. Une adaptation cinématographique doit transcender le simple récit biographique. Quand le film de Tim Burton déconstruisait en profondeur la figure du rêve américain, de l’artiste et de la réussite sociale, James Franco ne reste qu’à la surface de ces réflexions. D’où notre question initiale, est-ce vraiment si important de savoir qui est Tommy Wiseau ? Ne fallait-il pas mieux prendre ses distances avec la réalité ? Ou, en tout cas, sublimer l’œuvre de base plutôt que se complaire avec des questions assez terre-à-terre et naïves sur cette version ratée de Marlon Brando ? Que dire, sinon dommage ?

Note de la rédaction : Nous avons vu le film en décembre, à Montréal. Et contrairement à ce que raconte la fiche Wikipédia, le film n’est pas vendu sous le nom L’artiste du désastre, mais sous le nom original. Comme un mythe qui s’effondre… 

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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