Un couteau dans le cœur

Anne Parèze est une productrice de films pornographiques gays. Lorsque Loïs, sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux. Son projet est alors perturbé par un mystérieux tueur qui s’attaque aux acteurs de ses films.

Réalisation de Yann Gonzalez

Avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran, Bertrand Mandico

Durée : 1h42

Sortie en salles obscures : 27 juin 2018

Dernière surprise d’une compétition déjà très surprenante, Yann Gonzalez débarque enfin en sélection officielle, cinq après avoir présenté son premier long-métrage, Les rencontre d’après minuit, à la Semaine de la Critique. Client habituel de la Croisette, pour être venu avec la plupart de ses courts-métrages, le voir enfin sur les légendaires marches était une nouvelle d’autant plus réjouissante puisqu’il représente, avec Bertrand Mandico, cette certaine idée d’un nouveau cinéma qui donne le premier rôle aux rêves et aux cauchemars. Son premier film racontait une orgie organisée en pleine nuit, où s’invitaient L’Étalon, La Star, L’Adolescent et La Chienne. Après un début fascinant, le film s’effondrait rapidement en se prenant joyeusement au sérieux pour devenir lourdingue sur la fin. Peu importe, la promesse d’un cinéaste était là.

Avec Un couteau dans le cœur, le réalisateur creuse son sillon en racontant le crépuscule d’un monde, entre l’insouciance du LSD et la détresse de l’héroïne, entre la révolution sexuelle et la douleur du SIDA. Très vite, ces meurtres apparaissent comme la carotte faisant avancer l’intrigue, car la vraie histoire est celle du cœur brisé d’Anne Parèze. Il y a la peur d’être seule, celle d’être abandonnée. Puis il y a la colère, la haine et le déni. En ces temps-là, Paris était le haut-lieu de la fête, réunissant dans la même boite de nuit Andy Wharol, Jean-Michel Basquiat, Grace Jones, Yves Saint-Laurent, Karl Lagerfeld ou encore le fameux dandy Jacques de Bascher. Puis l’amour est devenu la mort, le sexe est devenu un danger pour les esprits libres. Le tueur en série paraît alors comme cette maladie qui contamine et tue les personnes unes par unes, arrêtant bien trop tôt une gigantesque fête.

Avec Vanessa Paradis, le film se permet le romantisme d’une phrase qui sonne bizarre, comme si elle sortait d’un poème, d’un roman ou d’une chanson. Il y a cette moitié de film, flamboyante, pleine d’érotisme, de couleurs, de sensualité et on se souvient du cinéma de Brian de Palma, ou de Dario Argento… mais ces belles promesses s’effondrent à la fin, encore une fois. L’enquête, c’est-à-dire le prétexte du film, n’est malheureusement pas assez solide dans sa conclusion pour finir en beauté. Ça se termine comme une l’on termine une mauvaise fête, en l’écourtant brutalement, sans effet. Il suffit pourtant de cette scène post-générique pour reprendre espoir en son cinéma et en ses personnages, comme le dernier orgasme qui sauverait un couple de la rupture. Alors on pense à Holy Motors et à Leos Carax : « Je continue comme j’ai commencé. Pour la beauté du geste. » Continuez, Yann Gonzalez, ne serait-ce que pour la beauté du geste.

Écrite à Cannes le 18/05/2018

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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