Vacances à Venise

Réalisation de David Lean

Avec Katharine Hepburn, Rossano Brazzi, Isa Miranda, Darren McGavin, Mari Aldon

Sortie en salles obscures : 21 juin 1955

Durée : 1h39

Diffusion : 24 septembre 2017, Arte, 20h45

 

Bien qu’il soit maintenant dans les us et coutumes françaises de passer les week-ends à Rome, aujourd’hui Arte et nous-mêmes faisons entorse au règlement, car c’est dans la ville de la gondole que s’achèvera ce week-end d’automne. Sans Étienne, mais en bonne compagnie tout de même.

Jane Hudson (Katharine Hepburn), vieille fille tout droit sortie d’un coin perdu de l’Ohio, décide de s’encombrer d’un nombre incalculable de valises pour les poser sur les pavés vénitiens le temps d’un été. Armée de sa caméra et de ses cols victoriens la femme d’âge mûr en mal d’amour comble sa solitude en devenant amie avec un enfant qui n’a pas de chaussures et tente de sécher ses larmes en s’offrant au soleil italien. Allant d’accidents aquatiques à délits d’ignorance de marchandage, Jane va se retrouver arnaquée par celui qu’elle n’attendait pas : un bel italien (Rossano Brazzi) qui va conquérir son cœur.

Pour ceux qui cherchent un peu d’évasion dominicale – sur la terre ferme (Interstellar sur France 2) – Arte sera la destination idéale pour vous et votre télévision. Cette comédie romantique sait faire voyager dans l’espace, montrant gracieusement la cité des doges sous presque toutes ses coutures, et dans le temps parce que « made in 50’s » tout simplement. Adoptant ce petit côté too much de rigueur pour le genre, le film dévoile amoureusement Venise en intercalant des situations romantico-rocambolesques et des sentiments empruntés par un charmant excès. Mais sous ses aspects lisses, Vacances à Venise a plus d’un tour dans ses canaux. Si la structure du récit n’est pas particulièrement innovante, le propos et les protagonistes se dérobent habilement aux sacro-saintes règles de la comédie sentimentale, règles canoniques dans les années 50. Cette « simple » histoire d’amour se voit nuancée tout d’abord par le personnage de Jane et l’interprétation qu’en fait Katharine Hepburn. Cette vieille fille touchante avec un penchant prononcé pour la bouteille masquant son désespoir et ses crises de larmes par une hystérie enfantine est admirablement incarnée par l’actrice qui joue avec finesse cette figure pathétique. La grande Katharine donne un caractère dramatique à son personnage, insufflant la profondeur et l’émotion, juste, qui sauve Jane et ses yeux rougis du pathos.

L’autre petite entorse au règlement (dimanche soir = soirée rébellion) réside dans la construction morale du récit. Si Vacances à Venise place les quilles du cliché basique qui formatent les esprits américains et leurs regards sur le vieux continent et ses habitants, ça n’est que pour mieux donner l’élan à la boule de la modération qui vient stricker ces a priori. Certes les italiens parlent fort, vivent dans le péché et n’ont d’égal que les français dans la dépravation, mais, finalement, ils ont peut-être raison. Au-delà de la romance classique, le film s’intéresse aux sentiments et à leur réalité faisant fi du puritanisme, de la bienséance et de la « moralité » de la situation. David Lean couve son film d’un regard plutôt humaniste osant délaisser le jugement. De quoi faire trembler dans les chaumières outre-Atlantique…

Alors, week-end à Rome ou pas, n’hésitez pas à passer votre dimanche soir en vacances à Venise entre romance et Campari.

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