[Berlinale 2019 – Hors-Compétition]

Vice

Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd’hui…

Réalisation de Adam Mckay

AvecChristian Bale, Amy Adams, Steve Carell 

Durée : 2h12

Sortie en salles obscures : 13 février 2019

 

Pape de la « smart dumb comedy » (comprendre : comédie débile faite de manière intelligente), Adam Mckay est issu de la célèbre émission Saturday Night Live, véritable église de la comédie américaine. Il s’en est échappé pour mettre en scène son compère de toujours Will Ferrell en présentateur TV vedette (Anchorman / Légendes Vivantes), en beau-frère jaloux (Frangins Malgré Eux), en pilote de Formule 1 débile (Ricky Bobby Roi Du Circuit), et en flic raté (Very Bad Cops). Derrière l’humour se cachait à chaque fois une critique acerbe de la société américaine : Very Bad Cops avec son allégorie de la crise des subprimes, marquera un tournant pour McKay. Les critiques ne comprennent pas ce générique de fin expliquant la pyramide de Ponzi. C’en est trop pour lui, qui décide d’affronter frontalement les sujets qui lui tiennent à cœur. En 2015, il décide de traiter (presque) sérieusement la crise des subprimes avec The Big Short et son casting all-star : les critiques dithyrambiques pleuvent et le film reçoit l’Oscar du Meilleur Scénario adapté ! Dans la continuité de ce véritable succès, McKay s’attaque à un biopic grinçant de l’ex vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney. Vice est présenté en Hors-Compétition à la Berlinale 2019 et l’un des grands films de cette année.

Le 11 septembre 2001, un vice-président profite d’un moment de désorientation général pour outrepasser George Bush et ordonner d’abattre tout avion posant un problème de sécurité. Comment en est-on arrivés là et quelles en sont les conséquences ? Tel le train à grande vitesse symbolisant l’ascension de Cheney au pouvoir, Vice mêle un récit fou, incroyable et improbable à une satire agressive et non cachée. Dès lors le film pulvérise les codes du biopic, mêle la fiction (narrateur omniscient, faux générique de fin au milieu du film) à la réalité (biopic et images d’archives), emprunte à la comédie, au drame, et même à l’horreur. Bien aidé par la musique massive et évocatrice de Nicolas Britell, Adam Mckay construit un film de cinéma à grande ampleur, comme une grande tragédie des temps modernes et politiques. Il slalome donc entre les genres et construit un château de cartes menaçant à tout instant de s’effondrer. Il tient un propos droit mais constamment sur le fil, domptant ce chaos composé d’effusion d’images de sources diverses, de décors, de thèmes et de musiques à contre-emploi dans un perpétuel dialogue très ludique avec son public. Au milieu coule une rivière : Christian Bale, méconnaissable et totalement habité dans ce rôle très ambigu.

Avec ce sujet puissant, Vice fait le portrait d’une Amérique politique et sociale des années 2000, forgée par une peur artificielle et agitée à tout va par le gouvernement. Cette même Amérique qui préfère fermer les yeux et se réfugier dans une bulle de divertissement, à laquelle participait amplement… Adam McKay, avec ses comédies cultes. Dès lors, le film devient méta et très contemporain : le divertissement devient politique et vice-versa, alors même qu’aujourd’hui le président Donald Trump est une star de télé-réalité. Le réalisateur ne manque pas d’y faire allusion à la fin de grand huit, avec une dernière pique salée en post-générique : terminus, tout le monde descend !

Cinéphile infiltré dans l'industrie du ciné. In David Fincher we trust.

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