La Planète des Singes : Suprématie

César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

Réalisation de Matt Reeves

Avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn, Terry Notary

Durée : 2h20

Sortie en salles obscures : 2 août 2017

 

Qui raconte l’histoire au cinéma, le réalisateur, le scénariste ou bien… les personnages eux-mêmes ? Tout dépend en effet du degré d’implication du spectateur : le point de vue et l’identification viennent généralement brouiller les limites de la logique et font du cinéma l’art expérimental – et personnel – que l’on connaît, dépassant le cadre du simple écran pour nous y immerger.

La saga de La Planète des Singes relancée par la Fox après une série de films à succès inspirés du roman de Pierre Boulle publié en 1963, semble en ce sens traversée d’un jeu de points de vue fascinants. Il y a d’abord Les Origines de Rupert Wyatt où l’être humain est face à lui-même dans son incessante quête d’évolution. Puis L’Affrontement de Matt Reeves où l’humain se retrouve à devoir coexister avec les singes après leurs erreurs. Enfin, avec Suprématie, Matt Reeves clôt sa fascinante trilogie avec les singes, face à eux-mêmes et leurs instincts… humains. Une boucle pleine de sens pour Matt Reeves : lui qui se dit travaillé par le point de vue au cinéma le poussait en effet à son paroxysme dès 2007 avec son premier film Cloverfield. Le « found-footage » le plus impressionnant et pertinent de ce genre maintenant essoré plaçait en effet la caméra dans les mains des personnages, devenant leurs propres yeux et traduisant leurs propres peurs.

Matt Reeves fait donc de ce troisième chapitre de La Planète des Singes un blockbuster inhabituel. Par son point de vue justement qui à l’instar d’Avatar prend le pari d’incarner son film avec des héros « différents » : qui est le plus humain, le singe ou… l’humain ? Puis par son silence, frappant de sa force émotionnelle : la majorité des dialogues entre les singes se déroulant en langue des signes, on se concentre alors sur le langage corporel. Passé la surprise, Suprématie dévoile sa richesse technique et narrative qui ne va évidemment pas l’un sans l’autre. Depuis 2011 et la prouesse de Les Origines, la motion capture permettant à Andy Serkis d’incarner César lui offre un plus grand terrain de jeu émotionnel qu’il exploite à fond. La narration et l’attachement à sa psychologie puissante mais torturée en deviennent plus forts et permettent à l’histoire de Suprématie de se dérouler avec toute l’ambition nécessaire. Un cadeau pour Matt Reeves qui peut dès lors en faire un long-métrage de guerre violent et éprouvant, à armes égales avec tout grand prétendant du genre jusque dans les multiples références à Apocalypse Now.

Film-somme fabuleux, La Planète des Singes : Suprématie est plus humaniste que jamais à l’ère de Trump et délivre une variété de messages pertinents dont le signe est d’autant plus fort que nos cousins les singes s’en font les ambassadeurs…

Démente et surprenante, cette clôture installe la trilogie de La Planète des Singes comme une des sagas les plus intéressantes de la dernière décennie, promesse d’un spectacle réussi et s’imprégnant des peurs du 21e siècle au travers de métaphores toujours pertinentes, mais surtout très incarnées. Toujours une histoire de point de vue…

Cinéphile infiltré dans l'industrie du ciné. In David Fincher we trust.

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