Narcos S03

Création de Chris Brancato, Carlo Bernard et Doug Miro.

Avec Damián Alcázar, Pedro Pascal, Michael Stahl-David, Matt Whelan

Nombre de saisons 3

Nombre d’épisodes : 10

Chaîne d’origine Netflix

Diffusion : à partir de 1er septembre 2017

 

La Colombie ne connaît pas de répit.

Après avoir mis le cadavre du petit père des peuples et du narcotrafic, Pablo Escobar, derrière les barreaux, l’agent Peña (Pedro Pascal) s’en va régler son compte aux dénommés « Caballeros de Cali ». Ne pouvant compter sur son petit collègue blondinet – rentré au pays – mais uniquement sur sa détermination, sa moustache et une nouvelle équipe, l’homme qui n’aimait pas la drogue va mettre les pendules de la justice à l’heure dans une ville où le trafic est aussi endiablé que la salsa.

Si l’année précédente Netflix s’était doté d’un compte à rebours pour annoncer la saison 2 de Narcos, cet automne, c’est à grand renfort de publicités placardées sur tous les véhicules et autres moyens de transport du service public que la plateforme a annoncé la dernière-née. Moyennement emballé par la première saison, très charmé par la seconde, le suspens quant à la réussite ou l’échec de la troisième était à son comble.

Il faut noter que dans l’univers impitoyable des séries, la troisième saison est ce que l’épreuve du gobage de bêtes vivantes représente dans Koh-Lanta : le tout ou rien, soit on arrive jusqu’au bout comme un vrai bonhomme soit on dégueule partout. Étant donné que la série justifie déjà d’un certain nombre d’épisodes de mise-en-place, la troisième saison adopte le poste de pivot et représente un réel challenge pour divertir le spectateur. Comment faire pour que cet enfant gâté ne se lasse pas de son jouet ? Comment affilier, ou pas, cette suite ? Doit-on continuer au risque de lasser ? Changer de cap à 856° au risque de susciter l’ire des convertis ? Où…

Où faire comme Narcos qui a marche sur le fil de l’équilibre avec la grâce du funambule. Réussissant parfaitement à s’inscrire dans une continuité narrative et historique tout en apportant de nouveaux éléments, cette troisième saison sait se délocaliser sans pour autant jet-laguer.

Maintenant que les choses sont dites et les cœurs soulagés, let’s meet

Los Caballeros de Cali.

Alors que le glas a sonné pour Pablito, les affaires, elles, ne connaissent pas de répit en Colombie et c’est ainsi que le spectateur continue à suivre et à se familiariser avec la joyeuse bande de Cali composée du très people et diplomate Roberto Rodriguez Orejuela (Damian Alcàzar), de son frère Miguel (Fransisco Denis) aussi sanguin que réfléchi, Chepe (Pêpê Rapazote) l’impitoyable nouveau new-yorkais et le sulfureux Pancho (Alberto Ammann) qui aime afficher son pouvoir et sa sexualité loin du placard. Si les trois premiers épisodes nous ont renvoyés aux sombres souvenirs de la saison un du fait de l’omniprésence de la voix-off qui nous abreuvent d’informations au lieu de laisser libre cours aux images et aux dialogues pour dérouler le récit, le quatrième épisode met le hola à tout ça. Avec un rebondissement de taille – pour ceux qui ne sont pas aux faits de la biographie des frères Rodriguez Orejuela – le netflixien peut enfin pénétrer avec délice dans le cœur de l’histoire sans être sans cesse interrompu dans ses émotions et la compréhension des événements comme il l’entend. Et de l’émotion et de l’événement, il y en a à tout va ! À grands coups de scènes simultanées, pas toujours là à point nommé, de gunfight déchaînés, d’assassinats de vengeance et de trahison, la saison 3 ne ménage pas son public et monte d’un cran d’insécurité. Jetant au centre de cette pagaille meurtrière le personnage de Jorge Salcedo, magnifiquement interprété par Matias Varela, elle cristallise la pression et booste le suspens.

Au-delà d’utiliser à bon escient les basiques de la réussite – un scénario comme il faut, de bons acteurs, de belles images et une bande originale qui dessable les portugaises – cette troisième saison est un succès, car elle a su tirer des leçons de son passé et mettre en avant ses atouts : les personnages. Et encore plus important, la façon dont les traiter. Si la saison 1 ne nous avait pas fait hurler de joie c’est justement à cause de l’aspect didactique omniprésent, s’apparentant plus à un cours sur le trafic de drogue qu’à ce qu’il représentait en terme d’enjeux émotionnels pour les protagonistes. Cela aurait pu être un choix assumé, mais l’envie de se concentrer sur les personnages était trop visible, créant ainsi une forme d’irrégularité sur le rythme et les émotions. La deuxième saison a admirablement balayé ces mauvais souvenirs en plongeant le spectateur au cœur du problème des cœurs et la saison 3 n’a pas eu besoin de dix épisodes précédents pour toucher le nerf de la guerre.

Entrant quasi directement dans le vif du sujet, elle adopte le point de vue des personnages et nous les présente avec leurs forces et leurs faiblesses en s’embarrassant beaucoup moins de dérouler le récit en se positionnant au-dessus d’eux. Dire que c’est parce qu’il y a « plus d’histoires » ne serait pas juste pour expliquer en quoi cette suite est une affaire qui roule, il s’agit bien plus de comment est-ce qu’elle nous a présentés. Les protagonistes adoptent une dimension dramatique totale créant la haine ou la compassion pour celui qui les regarde se démener dans ce marasme régie par la loi du talion et les règles du pouvoir n’obéissant qu’à celles de la poudre blanche. La position de Jorge Salcedo fait prendre la mesure du danger, de l’injustice et de l’horreur de tout ceci, la nouvelle équipe de la DEA dirigé par le concerné agent Peña (bien plus que son ex-collègue américain) aussi. L’humain supplante réellement et délicatement l’ambiance cours d’histoire que cherche à se donner l’ensemble de Narcos. N’oubliant pas que l’Histoire est quand même en grande partie crée par l’Homme et s’il ne faut pas badiner avec l’amour, il ne faut pas badiner avec les sentiments tout court, puisque ce sont eux qui font de quelque qu’un ce qu’il.

Pour conclure, croyez les critiques positives que les bus affichent, car cette saison est tout bonnement très bien.

Elle sait traiter avec tous les respects ses personnages et ses spectateurs, allant même jusqu’à faire des petites surprises, jetant en guest-star dans l’arène l’adoré Javier Camara et le doux Edward James Olmos, en español je vous prie !

Alors oui l’amour dure bien 3 saisons, et peut-être même 4…

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