La Lune De Jupiter

Alors qu’il traverse illégalement la frontière, Aryan, un jeune migrant se fait tirer dessus. Sous le coup de sa blessure, il découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter.

Réalisation de Kornél Mundruczó

Avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi

Durée : 2h02

Sortie en salles obscures : 22 novembre 2017 (Compétition Officielle Cannes 2017)

« Qu’aimes-tu dans le cinéma ? »
Difficile de répondre correctement à cette question. Car le cinéma, nous y allons pour ressentir des émotions plus fortes que notre quotidien, plus denses qu’une encyclopédie, plus puissantes que de marcher pieds nus sur un Lego. Mais il devient plus compliqué d’expliquer laquelle recherche-t-on précisément, tant elle diffère d’un film à l’autre : le rire, la tristesse, la révolte, la perte de repères, le sublime, tant d’effets enveloppés dans un sujet, une mise en scène, voire une musique. Evidemment chaque impact est personnel et vous ne lisez pas ces lignes pour un avis objectif car il n’existe tout simplement pas. Au diable l’unanimité quasi-annuelle d’un La La Land, d’un Vice-Versa voire d’un Mad Max Fury Road : chacun y voit finalement un film différent, résonnant au rythme unique de son cœur. Chaque lumière s’éteignant lance le rituel d’une exposition à nu de nos émotions, un abandon déroutant. Et c’est lorsqu’elle s’est rallumée, un samedi 20 mai 2017, dans une obscure « salle de rattrapage » cannoise le lendemain de la présentation officielle, que l’auteur de ces lignes lâcha :
« Ça. C’est ça que j’aime dans le cinéma.« 

« L’une des lunes de Jupiter s’appelle Europe« . Sous couvert d’une critique acerbe de la crises des réfugiés et du chaos qu’elle peut engendrer dans une Europe en pleine contradiction avec ses valeurs, Kornél Mundruczó livre trois ans après l’efficace White God une grande oeuvre ambitieuse, immersive et surtout puissante. Sa mise en scène est telle qu’elle enveloppe chaque genre que La Lune De Jupiter traverse d’un lyrisme envoûtant : le genre, le thriller, le polar poisseux, le fantastique, l’actioner, le blockbuster de super-héros, le drame social. Une sorte d’ « expérience de cinéma » ultime, d’une grâce visuelle démente qui, couplée à un sous-texte poignant, travaille autant sa forme très accessible que son fond politique brûlant.
Il n’est alors pas étonnant que Kornél Mundruczó fasse appel à Jed Kurzel pour sa bande-originale. Le compositeur (remarqué sur les films de son frère Justin Macbeth, Assassin’s Creed; ou encore sur Alien : Covenant) insuffle une puissance symphonique inhabituelle, basée sur une profonde notion de sensorialité en parfaite équation avec les scènes immersives qu’elle illustre. Cette musique au premier plan est finalement la clé d’accès aux émotions, le film explosant alors de manière organique.

Mundruczó s’amuse en effet avec de longs plans-séquences extrêmement ludiques lors de vraies prouesses techniques, n’hésitant jamais à mettre son acteur et sa caméra à quarante mètres de haut dans une parfaite recherche de crédibilité et d’effets réels. Le tour de passe-passe est éblouissant de maîtrise et l’aspect méta du propos vient le souligner : croire en quelque chose, à ce qu’on voit sans tenter de le rationaliser, est-ce une porte de sortie viable ? Où se trouve la religion dans tout ça ? Doit-on constamment opposer le merveilleux au cynisme ? Le spectateur se place alors au même niveau que les personnages, interroge ses croyances, remet en question ses problèmes égoïstes mais aussi son rapport au biblique.
Certes La Lune De Jupiter n’est pas exempt de quelques maladresses comme le doublage douteux de l’acteur georgien Merab Ninidze pour jouer un hongrois. Mais la proposition de cinéma est telle qu’elle est une des plus folles et uniques de l’année.

« Les gens ont oublié de lever les yeux« , se rend compte le Dr. Stern. Alors allez les lever devant un grand-écran, et laissez-vous porter par l’appétit de cinéma et la générosité en émotions que La Lune De Jupiter a à offrir.

Cinéphile infiltré dans l'industrie du ciné. In David Fincher we trust.

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