Note : cet avis porte sur les deux premiers épisodes réalisés par David Fincher, présentés ce mardi 10 octobre au BFI London Film Festival. La totalité de la série sortira le vendredi 13 novembre.

On a un scénario avec un sérial killer ? Appelez David Fincher“, disait l’intéressé non sans ironie dans le making-of de Millenium qu’il réalisait en 2012. Toujours producteur exécutif de House of Cards au terme de 5 saisons qu’il a lancées et dont il a largement inspiré l’esthétique, David Fincher renoue avec Netflix pour une nouvelle série, Mindhunter, basée sur les premiers détectives ayant théorisé les pensées de serial killers afin de mieux prévoir leurs gestes. La plateforme – désormais devenue en 5 ans plus puissante que jamais – lui laisse la carte blanche artistique absolue qu’il a toujours exigé. On sait par ailleurs Fincher à la tête d’une filmographie irréprochable, mais le grand public le connaît moins sur le terrain de la télévision : c’est pourtant là où il fit ses armes à la fin des années 80 avec une pub choc, puis la période MTV via la société qu’il co-fonde, Propaganda. Il y dirigera les clips de Madonna, Michael Jackson Rolling Stones, ainsi que des pubs pour Nike et Budweiser (pour en savoir plus, on vous conseille le livre de Benoit Marchisio, “Génération Propaganda” sur le sujet).

Des tueurs fous de Zodiac, Seven et Millenium jusqu’au génie Mark Zuckerbeg en passant par la femme de Nick Dunne, David Fincher n’a jamais cessé de s’intéresser à des esprits atypiques voire franchement torturés. Comme une parfaite introspection, il met en scène dans Mindhunter des détectives souhaitant percer ces fameux esprits et découvrir l’origine du mal. Adapté d’un mémoire de John E. Douglas aux faits divers bien réels, “Agent spécial du FBI : j’ai traqué des serial killers” (éditions du Rocher), c’est pour le spectateur une manière de remonter le temps et rencontrer les influences de bon nombres de personnages de la culture populaire, comme Ed Kemper devenu l’Hannibal du Seigneur des Agneaux. Mais plus qu’une galerie de salauds meurtriers à propos desquels la série joue de nos jugements, Fincher met en place sur les deux premiers épisodes des enjeux durs et sérieux, contrastant avec un côté Buddy Movie des 80’s léger et drôle : une anomalie dans la filmo – certes ironique – de Fincher !

C’est à la fois la force et la faiblesse de Mindhunter : prendre le temps de se développer de manière non-conventionnelle pour une série TV. Traverser les genres et ne pas user d’un seul cliffhanger pour faire confiance à l’attachement du spectateur à nos deux gars du FBI, mais aussi à sa fascination perverse pour les meurtriers les plus sales. Écrite par Joe Penhall (La Route), la série Netflix use du luxe du temps au risque d’égarer ses objectifs : il se passera un bon épisode de développement des personnages du jeune négociateur Holden Ford et de son partenaire bourru Bill Tench, avant de réellement lancer le “concept” du show au deuxième, l’alchimie de charactérisation ayant pris. Une densité qui peut sembler inutile à certains spectateurs qui devront alors se qui nécessitera au spectateur de se forcer un peu à rester !

Ultra léchée dans la parfaite continuité de son style post-Zodiac, la réalisation de Fincher est ici élégante, jamais tape-à-l’oeil ne l’empêchant pas des pointes de technologie comme lorsqu’il se permet, dans la même image 4K, un panoramique numérique perturbant. Néanmoins sa mise en scène ne marque qu’à de rares occasions et on attend avec curiosité les 2 épisodes suivant, dont le maître est également à la barre…

Qu’attendre du reste de la saison ? Peut-être un fil rouge plus consistant sur une affaire, amorcée au deuxième épisode, mais surtout des portraits glaçants de sérial killers jouant avec notre empathie tout comme nos deux enquêteurs. Loin des CSI ou autres True Detective, Fincher crée un univers 80’s intéressant, à la narration dense et pas toujours facile d’accès, laissant peut-être le meilleur à venir.

Cinéphile infiltré dans l'industrie du ciné. In David Fincher we trust.

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