Petite frayeur lors de notre traditionnel passage à notre kiosque parisien préféré : la couverture du numéro de la rentrée des Cahiers du Cinéma est affreuse. Autour de nous, c’est le même effroi. « Comment et surtout pourquoi ? » sont les questions qui reviennent le plus souvent.

Pourtant, le légendaire mensuel n’est pas à son premier coup d’essai, au contraire. Enfin, comme une erreur arrive bien plus vite que l’on croit, profitons de cette occasion pour rendre hommage à cette revue en définissant les 10 plus belles couvertures depuis 2009, date limite de leurs archives.

10. Février 2010 – n°653

Mort le 11 janvier 2010, ce numéro célébrait la vie d’Éric Rohmer en utilisant le célèbre plan sur l’objet du désir dans Le Genou de Claire (1970). Figure de la Nouvelle Vague, ce grand monsieur était aussi le rédacteur en chef de du mensuel (1958 – 1963), avant d’avoir la carrière cinématographique que nous connaissons.

9. Janvier 2010 – n°652

En utilisant ce plan iconique de Mulholland Drive (2001), les Cahiers du Cinéma tentaient un grand bilan des années 2000 en célébrant plusieurs cinéastes : Apichatpong WeerasethakulGus Van Sant, Wes Anderson, Steven SpielbergPhilippe Garrel, Terrence Malick ou encore David Cronenberg. Il dévoilait surtout leur fameux Top 10 de cette décennie, ainsi que ceux de 13 critiques et de 18 cinéastes, dont Quentin Tarantino.

8. Juin 2014 – n° 701

Dernier exemple d’une couverture tirée directement de l’image d’un film. Il s’agit ici de Julianne Moore dans Maps to the Star (2014), l’un de ses plus beaux rôles. Pour le classique retour de Cannes, quoi de mieux que cette figure d’Hollywood, merveilleusement mise en valeur par ce rouge du plus belle effet ?

7. Mars 2013 – n°687

En plus de mettre à l’honneur un très (très) bon film, avec Spring Breakers (2013), cette couverture réussit l’exploit de saisir l’énergie pop d’Harmony Korine, pour vendre ce produit culturel à sa juste valeur. En tout cas, bien mieux que ces horribles affiches promotionnelles que nous avions dans la rue et dans les transports en commun.

6. Avril 2014 – n°699

Nouvel hommage pour une nouvelle grande figure de la Nouvelle Vague dans ce superbe numéro consacré au cinéaste Alain Resnais, mort le 1er mars 2014. Nous avons, face à nous, l’image d’un sage, d’un calme, d’un homme heureux dans sa vie et dans son travail. Le réalisateur de Hiroshima mon amour (1959) est sûr de partir en paix, à jamais.

5. Mars 2012 – n°676

Après les hommages aux cinéastes, aux actrices et aux films, nous arrivons au sujet épineux du cinéma français : son futur. Les Cahiers du Cinéma semblent particulièrement attentifs aux changements, comme en témoigne le n°661 et le n°688. Seulement, ici, il ne s’agit pas d’une génération de cinéastes mettant en place ses premiers longs-métrages, mais d’une génération inconnue d’hommes et de femmes sortant à peine du bac, assoiffés à l’idée d’apprendre le cinéma. Ils ouvrent ainsi leurs beaux cahiers d’écoliers pour en savoir davantage sur l’enseignement cinématographique. Cerf-volant, volant au vent, ne t’arrête pas…

4. Novembre 2016 – n°727

Quand les Cahiers du Cinéma remettent en question la création cinématographique au profit d’une certaine création audiovisuelle sur internet, disons-le, c’est assez jouissif. Eh oui, cela fait du bien de voir un (vieux) média mettre HowToBasic et Salut c’est cool entre Jim Jarmusch et Pedro Almodóvar. Soyons heureux, donc, de voir une culture souvent moquée à la tête d’un mensuel à la réputation légendaire, avec une telle couverture pour permettre une belle entrée en matière pour les néophytes septiques.

3. Mai 2013 – n°689

Les éditions spéciales pour le Festival de Cannes sont un classique annuel indémodable chez les mensuels français de cinéma. Après avoir obtenu le Graal, c’est-à-dire une invitation, voici la fourmilière de talon haut qui se presse pour monter les fameuses marches de ce tapis rouge. « Vite, vite, ne soyons pas en retard pour le dernier Haneke » semblent-ils dire. Pour nous, la couverture qui symbolise le mieux cette énergie.

2. Juillet – Août 2012 – n°680

L’érotisme au cinéma, ce n’est pas que le genou de Claire, ce sont aussi ces yeux, ces oreilles, ces lèvres, ces épaules, ces pieds, ces jambes, ces doigts, ces sourires, ces regards, ces gestes ou, comme sur cette couverture, ce nombril. Parfois, il suffit juste d’être simple.

1. Décembre 2015 – n°717

Latins, nos us et coutumes sont de fleurir notre langue. Pourtant, peu de mots suffisent pour décrire les tristes événements de l’année 2015 et cette série d’attentats qui s’abattra sur la France, attaquant nos libertés individuelles et collectives. Ainsi, comme une image vaut mille mots, le caricaturiste Lux dessinera cette couverture en hommage à ses anciens collègues de Charlie Hebdo. Inspiré d’une célèbre scène de Mad Max : Fury Road (2015), nous voyons l’Imperator Furiosa (Charlize Theron) recouverte d’une nappe noire, hurlant de douleur après avoir compris que la terre rêvée de son enfance était maintenant inhabitable. Il fallait au moins cela pour évacuer la rage et la tristesse accumulée cette année-là. Pour nous, la plus belle couverture des Cahiers du Cinéma depuis 2009 et la plus belle des manières pour terminer cette article.

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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