Encore une année de cinéma qui s’achève et, encore une fois, l’heure d’un bilan qui s’impose. L’an dernier, les premières exclamations d’un nouveau système avait foutu la pagaille dans nos maisons, si bien qu’on parlait une nouvelle fois de la fameuse « mort du cinéma ». Pourtant, si des tornades continuent d’ébranler l’avenir en séparant en deux camps nous autres, le cinéma n’est toujours pas mort. Pour s’en rendre compte, il a fallu revenir à un rapport plus sain et naïf au cinéma. Allons voir du cinéma pour voir du cinéma. Et si le combat semblait perdu contre les industries cyniques que représentent Disney, Marvel ou encore Netflix, il y a encore des films qui n’existent que dans une volonté d’exprimer à la fois une idée du monde et une idée du cinéma. C’est devenu presque étonnant de voir des films, même des blockbusters, s’inscrire dans aucune volonté marketing, de ne profiter de rien d’autre que de l’art. Pourtant, si ça existe encore, c’est que le monde tourne encore rond. Alors, en vous souhaitant nos meilleurs vœux, nous vous souhaitons de continuer de voir, en 2019, du cinéma pour ce que c’est : du cinéma.

Samuel Berrebi

Alors qu’en 2017, la tendance était clairement américaine avec une majorité de leurs films retenus dans mon Festival du Kraken, la France domine largement la sélection de cette année avec cinq films sur dix. Cocorico, donc. Le reste est coréen, mexicain, danois et polonais. Pourtant, le seul film américain est le premier de cette liste. Il l’est parce qu’il est sans doute le plus grand film de mon année, mais surtout parce qu’il est le prolongement d’une œuvre immense qui se bâtit sous nos yeux, celle de Paul Thomas Anderson. Par ailleurs, la majorité des films de ce classement le sont car ils sont le prolongement de l’œuvre d’un auteur qui m’importe. Ce Festival du Kraken rassure, car il prouve encore que le cinéma décrit une certaine idée des villes et des pays à une certaine époque, la France des années 90, les deux Corée(s), le Mexique de l’enfance, le Sud du début de la vie d’adulte, l’enfer éternel, l’électivité de Marseille, la violence de la France, l’amour de la Guerre Froide et le futur au-delà de notre planète.

Alors, pour l’an prochain, j’espère la même chose : du courage et de la liberté. Bonne année ! (Note : Je n’ai pas encore vu First Reformed de Paul Schrader, le dernier film de cette année que je voulais voir.)

Compétition officielle 2018

1. Phantom Thread – Paul Thomas Anderson
2. Plaire, aimer et courir vite – Christophe Honoré
3. Burning – Lee Chang-Dong
4. Roma – Alfonso Cuarón
5. Mektoub, My Love : Canto Uno – Abdellatif Kechiche
6. The House That Jack Build – Lars Von Trier
7. Shéhérazade – Jean-Bernard Marlin
8. Jusqu’à la garde – Xavier Legrand
9. Cold War – Paweł Pawlikowski
10. High Life – Claire Denis

Hors-compétition

La Ballade de Buster Scruggs – Joel Coen et Ethan Coen
Spider-Man : New Generation
– Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman
Les Confins du monde
– Guillaume Nicloux
Sauvage – Camille Vidal Naquet

Vincent Courtade

Les films de cette liste ont rempli mes attentes puis les ont détournées pour mieux les broyer. Anti-conformistes, ils explosent tous une barrière, traversant les genres là où on ne les attend pas. Jusqu’à devenir si organiques qu’ils provoquent tout à coup l’émotion, les frissons, l’extase, la transe.
Majoritairement anglophones, ces films sont ceux de cinéastes rendus universels par la langue et les moyens, mais qu’ils surpassent avec des exigences formelles et thématiques féroces. Avec au bout, un petit frenchy là où on ne l’attendait pas : Gilles Lellouche et son Grand Bain.
Alors maintenant qu’ils sont sortis, on garde ces films au chaud dans un coin de notre tête, tout en laissant une petite place pour les dix qui vont voler notre cœur l’année suivante. 2019, montre-nous ce que tu as dans le ventre !

Compétition officielle 2018

1. First Man – Damien Chazelle
2. Ready Player One – Steven Spielberg
ex-aequo. Mission Impossible: Fallout – Christopher McQuarrie
ex-aequo. Spider-Man : New Generation – Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman
4. Seule la vie – Dan Fogelman
5. Les heures sombres – Joe Wright
6. Game Night – John Francis Daley et Jonathan Goldstein
7. How to Talk to Girls at Parties – John Cameron Mitchell
8. Bodied – Joseph Kahn
9. Suspiria – Luca Guadagnino
10. Le Grand Bain – Gilles Lellouche

 

Hors-compétition

Première Année – Thomas Lilti
Annihilation – Alex Garland
Capharnaüm – Nadine Labaki
Le Jeu – Fred Cavayé
Un 22 juillet – Paul Greengrass

Réalisateur qui essaye d'être crédible dans la critique de film. Environ un tiers de l’œil du Kraken.

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